dimanche 5 octobre 2008
dimanche 20 juillet 2008
Pour Capturer le Vent ?
Pour Capturer le Vent, il faut...
Fermer les yeux un court moment, étendre les bras, inspirer puis... Courir !
Alors courez, courez, ne vous retournez pas ! Et si d'aventure, vous désiriez faire une pause... Et si d'aventure, à force de courir, vous avez échoué ici, et si vous peinez à reprendre votre souffle, et si le ciel vous y paraît assez lumineux ou assez azur, et si l'air vous semble assez vivifiant, arrêtez-vous une poignée de minutes, reprenez l'intégrale des messages précédents à partir du premier, remontez le courant, remou après remou, segment après segment... Jusqu'à, peut-être, un immense vide, une illusion.
Fermer les yeux un court moment, étendre les bras, inspirer puis... Courir !
Alors courez, courez, ne vous retournez pas ! Et si d'aventure, vous désiriez faire une pause... Et si d'aventure, à force de courir, vous avez échoué ici, et si vous peinez à reprendre votre souffle, et si le ciel vous y paraît assez lumineux ou assez azur, et si l'air vous semble assez vivifiant, arrêtez-vous une poignée de minutes, reprenez l'intégrale des messages précédents à partir du premier, remontez le courant, remou après remou, segment après segment... Jusqu'à, peut-être, un immense vide, une illusion.
Jusqu'à, peut-être, l'essence-même de la vie ? !
samedi 12 juillet 2008
Bonus - 2003/2008
(En conclusion, un extrait du Feather Site qui s'impose, dans ce contexte : poème en prose écrit il y a deux ans, dans une optique identique, et lu sur scène le soir de la Saint Valentin, devant une soixantaine de personne - dont Elle ! -, à l'occasion d'une veillée familiale en quartier défavorisé. Un expérience inoubliable , pour moi. Impossible à décrire... Au moment d eprendre la parole, on est gauche, nerveux, perdu, on ne sait pas du tout de quelle façon lire, où marquer les pauses, comment mettre le ton, bien qu'on ait tenté de s'y entraîner pendant bien deux semaines, et la seconde suivante, les mots prennent le contrôle et c'est presque comme si on disparaissait, comme si on n'existait plus, comme s'ils étaient vivants, on se laisse emporter, balayer, submerger, et si on commence dans le brouhaha, malgré dix minutes de lecture, on termine dans un silence religieux, dans l'attente d'autres mots, on voit des yeux briller, on s'entend dire que c'est "exactement ce qu'on a toujours souhaité exprimer",et on se dit, un peu penaud "c'est moi qui ait fait ça ?", et là, on mesure pleinement l'intérêt d'écrire, l'intérêt d'être sincère et, aussi... l'intérêt d'aimer).
Je suis né, il neigeait, et j’étais déjà seul : à la fenêtre, les étoiles scintillaient, seulement elles ne scintillaient pas assez... La vie était comme une maison dont les portes étaient grandes ouvertes, mais je n’arrivais pas à en franchir le seuil. A l’intérieur, il y avait des voix, des fous-rires et même de la chaleur mais au-dedans, je ne semblais destiné qu’au néant, à l’absence et au froid, et ce qui était une naissance, au fond, ressemblait à un deuil. On m’a donné la vie, on m’a expliqué que c’était une chance, que c’était un trésor que je devais chérir, et pourtant, je n’ai rien reçu.
Longtemps, j’ai attendu que l’on me dise ce qu’il fallait en faire, ce qu’on voulait de moi, la conduite adéquate ou ne serait-ce qu’un signe, mais la voie qu’on m’avait tracée était une ligne si droite que je m’y suis perdu. On aurait voulu que je croie que « tout ce qui brille était Or », qu’une frontière séparait la mort de cette vie-là, que je prenne le soleil pour seul point de repère, que je rêve d’enfermer la mer dans un verre d’eau… On m’a dit que j’étais un Roi, que j’aurais un château, mais j’attends toujours la couronne... Que « si ce n’était pas moi, ce n’était personne », mais personne ne m’a jamais dit pourquoi. On m’a dit d’être un lion mais on m’a mis en cage, et on a chassé mes mirages pour mieux me bercer d’illusions.
Entre matins livides et vie à contre-jour, en me parlant d’Amour, on m’a offert le choix d’un vide qui me hanterait toujours, et c’est tout ce qu’on m’a donné. Alors, j’ai pris. J’ai ouvert grand les yeux, j’ai regardé le monde, j’ai cherché à comprendre dans quel sens il tournait sans en trouver aucun et puis… J’ai fais mes premiers pas, risqué mes premiers mots, saisi ma première main pour entrer dans une ronde dont je ne savais rien, où j’étais étranger, qui tournoyait sans fin ; et j’ai fait comme les autres pour ne plus avoir peur, pour ne plus avoir froid, pour ne plus être creux ou seul à l’intérieur et peut-être oublier que ce n’était plus moi, que j’y perdais une âme qu’on ne me reconnaissait pas.
J’ai grandi avant d’être l’enfant qu’on aurait voulu que je sois et comme beaucoup d’autres à mon âge, j’ai longuement scruté les nuages à la recherche d’un Dieu qui ne s’y trouvait pas. Aussi, plutôt que de me battre, j’aurais pu apprendre à me taire, plutôt que m’indigner, j’aurais pu apprendre à m’y faire et respecter les règles, même celles qui m’imposaient de ne pas respecter les gens. J’aurais pu, oui, faire comme tous les autres - et même avec talent - :
Profiter, jalouser, mentir, mépriser, critiquer, haïr, envier, médire, tromper, tricher, trahir…
Briser tous les miroirs pour ne plus jamais voir ma Vérité en face. Ne tendre la main que pour « avoir », et ne jamais rendre que les coups que l’on m’aura donné. On m’a dit qu’il fallait que je sois « le premier » - quitte pour cela à écraser les autres-, et que quand Dieu ferme une fenêtre il ne fallait pas hésiter à enfoncer la porte. On m’a conseillé d’être odieux, de ne penser qu’à moi, de ne pas être une proie mais d’être un prédateur ; on a ajouté que « nécessité faisait force de loi », que si l’argent gagné ne fait pas le Bonheur, il fait la valeur d’un être vivant et qu’en cachant mes cartes, c’était les hommes eux-même que je pourrais abattre.
Moi, j’aimerais pouvoir dire que je n’ai pas été tenté, que j’ai su résister, que je n’ai jamais cru à ces Grandes Choses que j’étais censé accomplir, à cet Homme Admiré que j’étais censé devenir, à ces Empires que j’étais censé ériger et à ceux que j’étais censé détruire… Mais je voulais être Grand, mais je voulais être Fort, je voulais être Aimé - si ce n’est à raison, au moins, à tort -. Je construisais sans rien construire. Je respirais sans respirer. Je marchais mais sans avancer. Je voyais mais sans voir. Plus il faisait sombre, plus je m’égarais… Et plus je m’égarais, et plus il faisait sombre. Je cherchais la lumière au milieu de la nuit, seulement je ne trouvais que du noir et du gris pour dessiner des ombres.
Et puis…
Et puis, j’ai croisé son chemin, j’ai croisé son regard et elle m’a redonné la vie, et elle m’a redonné la vue, et elle m’a décillé, et elle m’a sauvé, et elle m’a souri, et pour la première fois - pour la toute première fois -, j’ai souri à mon tour. C’est alors et alors seulement que pour la première fois, j’ai vu le jour - et pas uniquement la clarté -, que j’ai vu le monde non tel qu’il était mais tel qu’il devait être, alors que j’ai réalisé que tout ce après quoi j’aurais pu courir - la notoriété, la richesse, les promesses, les souhaits exaucés, les battements de paupières, les doux moments d’ivresse -, au fond, ne valait rien de plus qu’un peu de notre poussière glissée aux interstices de nos heureux instants. Il aura suffit d’un regard, il aura suffit d’un mot, d’une rencontre, pour que je n’aie plus besoin de boussole et plus besoin de montre, que le ciel soit mon sol et ce sol, mon point de départ, que je n’ai plus de priorités - seulement des espoirs -, que je n’ai plus d’espoirs - seulement des horizons - et pour tout horizon, que des raisons de vivre.
Jamais aussi libre qu’enchaîné,
Jamais aussi grand qu’à genoux,
Jamais aussi fort que dompté,
Jamais aussi lucide que fou,
Ni aussi fier qu’à ses côtés,
Ni aussi riche que sans un sou
Ou aussi puissant qu’à ses pieds.
Un tourbillon de ciel dans un papillonnement de cils, et ma Terre, et ma tête qui tournent, tournent et tournent encore, au point que j’en oublie le reste du décor et que plus rien n’existe quand elle est loin de moi. J’oublie les trahisons, les jalousies, le froid, les déceptions, les cicatrices. J’oublie que le monde n’a jamais été ce que j’aurais voulu qu’il soit tant elle se révèle telle que je l’aurais souhaitée.
Je voyage dans ses yeux,
Je me perds dans ses pas.
Je n’ai d’autre bagage
Que le son de sa voix,
Deux lèvres pour un frisson,
Des boucles de cheveux,
Deux ailes à l’unisson.
…Jusqu’au bout de mes fièvres,
Du feu de la Passion :
Rien qu’un fragment de Ciel
Et entre Ciel et Terre,
Ses Mystères et mes Illusions.
Je touche à l’Infini à rêver d’Eternel et à trop rêver d’Elle, j’en oublie l’éphémère pour enfin apprécier la vie. A tant Aimer, je finis par n’être plus qu’une ombre, me diluer, me dissoudre, me refondre - pour mieux m’absoudre -. A tant l’Aimer, je finis par mourir de ne plus être Moi, de ne plus être qu’une partie d’elle : lentement, je me consume au brasier de mes sentiments pour renaître de mes cendres, changer mes matins de décembre en de languissants soirs d’été.
Quoi qu’on ait voulu me faire croire, il n’y a jamais eu qu’un avenir, jamais eu qu’un chemin, jamais eu qu’une seule voie : celle qu’elle a tracée devant moi. Elle est ce que ce monde connaîtra de meilleur : tout ce qu’il a de Beau, tout ce qu’il a de Bon, tout ce qu’il a de plus précieux et tout ce qu’il a de Valeur ; et bien qu’il y ait des milliers d’étoiles au fin fond des cieux, il n’y en a pas une seule qui ne porte pas son nom.
Même en rêve,
Même en songe,
Elle est ce qui m’inspire, elle est ce qui m’élève, elle est ce qui me ronge,
Celle qui a fait de moi l’homme que je souhaitais devenir,
Le sens que je désespérais de donner à mon existence,
Le visage que je mets derrière le mot « Bonheur »,
Mon premier mot, ma dernière page,
Ma dernière volonté et ma vingt-cinquième heure.
Elle m’a appris à pardonner quand je ne pensais qu’à juger. Elle m’a appris à faire confiance, à faire la différence entre « briller » et « éblouir », à m’investir et à saisir mes chances au lieu de les laisser passer. Elle m’a appris « Comment », elle m’a appris « Pourquoi », appris à tenir bon quand je ne pensais qu’à m’enfuir, appris à m’imposer quand je n’aspirais qu’à m’évanouir. Elle m’a appris la Foi, appris le firmament... Quand je ne pensais qu’à « vouloir », « exiger », « acquérir », elle m’a appris à partager, à donner à mon tour - si ce n’est du temps, au moins, de l’amour -.
Et alors, j’ai compris que vivre comme je vivais jadis n’était pas vraiment « vivre », que je n’avais rien à souhaiter, rien à réclamer, rien à conquérir, qu’il me suffisait simplement d’Aimer pour - tout à coup - grandir, qu’en renonçant à tout je n’avais rien à perdre, qu’il y avait assez de brins d’herbe, assez de champs de fleurs, assez d’eau et de vent, d’oiseaux et de couleurs, de temps et de murmures, d’azur et de soleil, d’enchantements, de merveilles pour chaque être vivant sur cette Terre, que pour battre des ailes et prendre de la hauteur, ne suffisait parfois que d’un battement de cœur, que l’on n’était pas faits pour ne vivre qu’à moitié, que l’on n’était entier que si l’on était deux, que l’on était soi-même qu’en allant vers les autres, qu’Aimer notre prochain valait tous les trésors, qu’il fallait naître deux fois pour ne pas être mort et que si j’ai des bras, ce n’est que pour pouvoir la serrer contre moi.
Oui, je sais aujourd’hui que si j’Aime ce monde, c’est pour l’Aimer Elle et qu’en l’Aimant Elle, j’aime chaque homme et femme qui lève les yeux vers moi avec ce vide, cette cicatrice, cette absence qui était la mienne, qui est restée la leur, qui est comme un appel de flamme, un fantôme d’étincelle qui y aura jadis brillé, qui n’y aura jamais brillé, qui n’y brillera peut-être jamais. Ainsi, j’ai découvert qu’enfant, j’avais cherché Dieu au mauvais endroit ; et que si l’Amour est un cadeau qui nous éloigne de ce que nous sommes, il ne nous en rapproche que mieux, car c’est la Grâce de Dieu qui brille à travers lui, qui brille à travers elle. Aussi, je m’agenouille, j’ouvre les bras, je m’incline et j’attends…
Que les étoiles tombent dans la mer, que les glaciers fondent, que les océans débordent, et que le verre se brise, et que l’acier retourne à la poussière, que le vent se taise, que cesse la lumière, que le jour s’éteigne et qu’avec le jour s’éteignent les dernières braises, que la pierre devienne sable et que le sable s’envole, que le monde se meurt, qu’il n’y ait plus de discorde, plus de haine, plus de guerre - et guère plus de rancœur -, que le sol cède, que mes yeux se ferment, que tout se termine et qu’il n’y ait plus qu’Elle, à jamais.
Plus qu’Elle et moi, pour rêver d’Elle, et que l’aube qui s’annonce soit réellement une aube nouvelle, sans trahisons, sans jalousies, sans médisances, sans déceptions.
Enfin, une aube qui ne sera plus un mirage :
Où le monde lui ressemblera,
Où les matins seront à son image,
Et les soirs, au son de sa voix.
Une (Simple ?) Histoire d’Amour
Je suis né, il neigeait, et j’étais déjà seul : à la fenêtre, les étoiles scintillaient, seulement elles ne scintillaient pas assez... La vie était comme une maison dont les portes étaient grandes ouvertes, mais je n’arrivais pas à en franchir le seuil. A l’intérieur, il y avait des voix, des fous-rires et même de la chaleur mais au-dedans, je ne semblais destiné qu’au néant, à l’absence et au froid, et ce qui était une naissance, au fond, ressemblait à un deuil. On m’a donné la vie, on m’a expliqué que c’était une chance, que c’était un trésor que je devais chérir, et pourtant, je n’ai rien reçu.
Longtemps, j’ai attendu que l’on me dise ce qu’il fallait en faire, ce qu’on voulait de moi, la conduite adéquate ou ne serait-ce qu’un signe, mais la voie qu’on m’avait tracée était une ligne si droite que je m’y suis perdu. On aurait voulu que je croie que « tout ce qui brille était Or », qu’une frontière séparait la mort de cette vie-là, que je prenne le soleil pour seul point de repère, que je rêve d’enfermer la mer dans un verre d’eau… On m’a dit que j’étais un Roi, que j’aurais un château, mais j’attends toujours la couronne... Que « si ce n’était pas moi, ce n’était personne », mais personne ne m’a jamais dit pourquoi. On m’a dit d’être un lion mais on m’a mis en cage, et on a chassé mes mirages pour mieux me bercer d’illusions.
Entre matins livides et vie à contre-jour, en me parlant d’Amour, on m’a offert le choix d’un vide qui me hanterait toujours, et c’est tout ce qu’on m’a donné. Alors, j’ai pris. J’ai ouvert grand les yeux, j’ai regardé le monde, j’ai cherché à comprendre dans quel sens il tournait sans en trouver aucun et puis… J’ai fais mes premiers pas, risqué mes premiers mots, saisi ma première main pour entrer dans une ronde dont je ne savais rien, où j’étais étranger, qui tournoyait sans fin ; et j’ai fait comme les autres pour ne plus avoir peur, pour ne plus avoir froid, pour ne plus être creux ou seul à l’intérieur et peut-être oublier que ce n’était plus moi, que j’y perdais une âme qu’on ne me reconnaissait pas.
J’ai grandi avant d’être l’enfant qu’on aurait voulu que je sois et comme beaucoup d’autres à mon âge, j’ai longuement scruté les nuages à la recherche d’un Dieu qui ne s’y trouvait pas. Aussi, plutôt que de me battre, j’aurais pu apprendre à me taire, plutôt que m’indigner, j’aurais pu apprendre à m’y faire et respecter les règles, même celles qui m’imposaient de ne pas respecter les gens. J’aurais pu, oui, faire comme tous les autres - et même avec talent - :
Profiter, jalouser, mentir, mépriser, critiquer, haïr, envier, médire, tromper, tricher, trahir…
Briser tous les miroirs pour ne plus jamais voir ma Vérité en face. Ne tendre la main que pour « avoir », et ne jamais rendre que les coups que l’on m’aura donné. On m’a dit qu’il fallait que je sois « le premier » - quitte pour cela à écraser les autres-, et que quand Dieu ferme une fenêtre il ne fallait pas hésiter à enfoncer la porte. On m’a conseillé d’être odieux, de ne penser qu’à moi, de ne pas être une proie mais d’être un prédateur ; on a ajouté que « nécessité faisait force de loi », que si l’argent gagné ne fait pas le Bonheur, il fait la valeur d’un être vivant et qu’en cachant mes cartes, c’était les hommes eux-même que je pourrais abattre.
Moi, j’aimerais pouvoir dire que je n’ai pas été tenté, que j’ai su résister, que je n’ai jamais cru à ces Grandes Choses que j’étais censé accomplir, à cet Homme Admiré que j’étais censé devenir, à ces Empires que j’étais censé ériger et à ceux que j’étais censé détruire… Mais je voulais être Grand, mais je voulais être Fort, je voulais être Aimé - si ce n’est à raison, au moins, à tort -. Je construisais sans rien construire. Je respirais sans respirer. Je marchais mais sans avancer. Je voyais mais sans voir. Plus il faisait sombre, plus je m’égarais… Et plus je m’égarais, et plus il faisait sombre. Je cherchais la lumière au milieu de la nuit, seulement je ne trouvais que du noir et du gris pour dessiner des ombres.
Et puis…
Et puis, j’ai croisé son chemin, j’ai croisé son regard et elle m’a redonné la vie, et elle m’a redonné la vue, et elle m’a décillé, et elle m’a sauvé, et elle m’a souri, et pour la première fois - pour la toute première fois -, j’ai souri à mon tour. C’est alors et alors seulement que pour la première fois, j’ai vu le jour - et pas uniquement la clarté -, que j’ai vu le monde non tel qu’il était mais tel qu’il devait être, alors que j’ai réalisé que tout ce après quoi j’aurais pu courir - la notoriété, la richesse, les promesses, les souhaits exaucés, les battements de paupières, les doux moments d’ivresse -, au fond, ne valait rien de plus qu’un peu de notre poussière glissée aux interstices de nos heureux instants. Il aura suffit d’un regard, il aura suffit d’un mot, d’une rencontre, pour que je n’aie plus besoin de boussole et plus besoin de montre, que le ciel soit mon sol et ce sol, mon point de départ, que je n’ai plus de priorités - seulement des espoirs -, que je n’ai plus d’espoirs - seulement des horizons - et pour tout horizon, que des raisons de vivre.
Jamais aussi libre qu’enchaîné,
Jamais aussi grand qu’à genoux,
Jamais aussi fort que dompté,
Jamais aussi lucide que fou,
Ni aussi fier qu’à ses côtés,
Ni aussi riche que sans un sou
Ou aussi puissant qu’à ses pieds.
Tout ce que je sais de ce monde, C’est Elle qui me l’a enseigné :
La valeur du temps,
Le parfum des fleurs,
La fraîcheur de l’eau,
La tiédeur du vent,
Le chant des oiseaux,
Toutes les nuances,
Toutes les couleurs,
La beauté de l’instant présent,
La véritable Grandeur,
La véritable Force,
La sève au-delà de l’écorce,
Les feuilles sur les ramures,
L’azur au-delà du soleil,
Le livre du Destin, le vin du sommeil et les Histoires sans Fin…
L’honnêteté, l’abnégation, la vertu et l’honneur,
Le dévouement, la dévotion, la bonté, le courage, la générosité.
Ce qu’il faut Aimer, ce qu’il faut chérir,
Ce qu’il faut rêver, ce qu’il faut oser, la douceur des roses,
L’immensité de ce qui est infime
Et le sublime de toutes les petites choses
…De chaque inspiration, de chaque souffle, chaque soupir…
Un tourbillon de ciel dans un papillonnement de cils, et ma Terre, et ma tête qui tournent, tournent et tournent encore, au point que j’en oublie le reste du décor et que plus rien n’existe quand elle est loin de moi. J’oublie les trahisons, les jalousies, le froid, les déceptions, les cicatrices. J’oublie que le monde n’a jamais été ce que j’aurais voulu qu’il soit tant elle se révèle telle que je l’aurais souhaitée.
Je voyage dans ses yeux,
Je me perds dans ses pas.
Je n’ai d’autre bagage
Que le son de sa voix,
Deux lèvres pour un frisson,
Des boucles de cheveux,
Deux ailes à l’unisson.
…Jusqu’au bout de mes fièvres,
Du feu de la Passion :
Rien qu’un fragment de Ciel
Et entre Ciel et Terre,
Ses Mystères et mes Illusions.
Je touche à l’Infini à rêver d’Eternel et à trop rêver d’Elle, j’en oublie l’éphémère pour enfin apprécier la vie. A tant Aimer, je finis par n’être plus qu’une ombre, me diluer, me dissoudre, me refondre - pour mieux m’absoudre -. A tant l’Aimer, je finis par mourir de ne plus être Moi, de ne plus être qu’une partie d’elle : lentement, je me consume au brasier de mes sentiments pour renaître de mes cendres, changer mes matins de décembre en de languissants soirs d’été.
Quoi qu’on ait voulu me faire croire, il n’y a jamais eu qu’un avenir, jamais eu qu’un chemin, jamais eu qu’une seule voie : celle qu’elle a tracée devant moi. Elle est ce que ce monde connaîtra de meilleur : tout ce qu’il a de Beau, tout ce qu’il a de Bon, tout ce qu’il a de plus précieux et tout ce qu’il a de Valeur ; et bien qu’il y ait des milliers d’étoiles au fin fond des cieux, il n’y en a pas une seule qui ne porte pas son nom.
Même en rêve,
Même en songe,
Elle est ce qui m’inspire, elle est ce qui m’élève, elle est ce qui me ronge,
Celle qui a fait de moi l’homme que je souhaitais devenir,
Le sens que je désespérais de donner à mon existence,
Le visage que je mets derrière le mot « Bonheur »,
Mon premier mot, ma dernière page,
Ma dernière volonté et ma vingt-cinquième heure.
Elle m’a appris à pardonner quand je ne pensais qu’à juger. Elle m’a appris à faire confiance, à faire la différence entre « briller » et « éblouir », à m’investir et à saisir mes chances au lieu de les laisser passer. Elle m’a appris « Comment », elle m’a appris « Pourquoi », appris à tenir bon quand je ne pensais qu’à m’enfuir, appris à m’imposer quand je n’aspirais qu’à m’évanouir. Elle m’a appris la Foi, appris le firmament... Quand je ne pensais qu’à « vouloir », « exiger », « acquérir », elle m’a appris à partager, à donner à mon tour - si ce n’est du temps, au moins, de l’amour -.
Et alors, j’ai compris que vivre comme je vivais jadis n’était pas vraiment « vivre », que je n’avais rien à souhaiter, rien à réclamer, rien à conquérir, qu’il me suffisait simplement d’Aimer pour - tout à coup - grandir, qu’en renonçant à tout je n’avais rien à perdre, qu’il y avait assez de brins d’herbe, assez de champs de fleurs, assez d’eau et de vent, d’oiseaux et de couleurs, de temps et de murmures, d’azur et de soleil, d’enchantements, de merveilles pour chaque être vivant sur cette Terre, que pour battre des ailes et prendre de la hauteur, ne suffisait parfois que d’un battement de cœur, que l’on n’était pas faits pour ne vivre qu’à moitié, que l’on n’était entier que si l’on était deux, que l’on était soi-même qu’en allant vers les autres, qu’Aimer notre prochain valait tous les trésors, qu’il fallait naître deux fois pour ne pas être mort et que si j’ai des bras, ce n’est que pour pouvoir la serrer contre moi.
Oui, je sais aujourd’hui que si j’Aime ce monde, c’est pour l’Aimer Elle et qu’en l’Aimant Elle, j’aime chaque homme et femme qui lève les yeux vers moi avec ce vide, cette cicatrice, cette absence qui était la mienne, qui est restée la leur, qui est comme un appel de flamme, un fantôme d’étincelle qui y aura jadis brillé, qui n’y aura jamais brillé, qui n’y brillera peut-être jamais. Ainsi, j’ai découvert qu’enfant, j’avais cherché Dieu au mauvais endroit ; et que si l’Amour est un cadeau qui nous éloigne de ce que nous sommes, il ne nous en rapproche que mieux, car c’est la Grâce de Dieu qui brille à travers lui, qui brille à travers elle. Aussi, je m’agenouille, j’ouvre les bras, je m’incline et j’attends…
Que les étoiles tombent dans la mer, que les glaciers fondent, que les océans débordent, et que le verre se brise, et que l’acier retourne à la poussière, que le vent se taise, que cesse la lumière, que le jour s’éteigne et qu’avec le jour s’éteignent les dernières braises, que la pierre devienne sable et que le sable s’envole, que le monde se meurt, qu’il n’y ait plus de discorde, plus de haine, plus de guerre - et guère plus de rancœur -, que le sol cède, que mes yeux se ferment, que tout se termine et qu’il n’y ait plus qu’Elle, à jamais.
Plus qu’Elle et moi, pour rêver d’Elle, et que l’aube qui s’annonce soit réellement une aube nouvelle, sans trahisons, sans jalousies, sans médisances, sans déceptions.
Enfin, une aube qui ne sera plus un mirage :
Où le monde lui ressemblera,
Où les matins seront à son image,
Et les soirs, au son de sa voix.
samedi 28 juin 2008
Semaine du 20 au 27 juin
Finalement, je suis revenu au parc, je n'ai pas pu m'en empêcher.
Je veux être sûr qu'elle est heureuse. Je dois être sûr qu'elle est heureuse, pour pouvoir m'en aller et disparaître encore, et m'en retourner à ma place ou m'en retourner au néant, peut-être, comme un spectre dont l'âme est prisonnière d'une tâche qu'elle doit accomplir avant de pouvoir trouver le repos - à ceci près que moi, je suis vivant, à ceci près que je respire, à ceci près que je ne peux m'empêcher de rêver -... Aussi faudra-t-il que j’arrive à vivre sans elle, aussi faudra-t-il que j'apprenne, que je laisse nos chemins se séparer, que je reprenne ma route pour voir où elle me mène… Et advienne que pourra.
Seulement avant cela, j'ai besoin de savoir qu'elle a vraiment trouvé ce qu'elle venait chercher ici, dans ce parc, sur ce banc, tout au fond de ce ciel… Et si c'est "lui", que ce soit lui, alors ! Je leur souhaiterais tout le bonheur, toute la félicité de ce monde et des autres, même si ça me fait mal, même si j'en paie le prix, parce que ça me ressemble, parce que c'est qui je suis, parce que c'est qui je voudrais être, parce que j'aurai ainsi ma manière à moi d'être beau - si je ne le suis pas - pour qu'un jour, moi aussi, je sois héros d'une belle histoire.
Aussi...
Parce que je veux la mériter. Parce que, si j'avais encore un reflet, je voudrais pouvoir le toiser sans avoir à me détourner ou à rougir de honte. Je peux, n'est-ce pas ? S'il te plait, dis-moi que je peux déjà, dis-moi que tu es fière. S'il te plait, dis-moi que tu es heureuse, dis-moi que vous êtes heureux tous les deux. Ensuite, promis, je m'en irais.
Mais hélas, tu n'es pas venue. Ni ce soir-là, ni aucun autre soir. Alors, j'en ai déduis que tu avais comblé le vide qui te poussait à venir te perdre ici, loin de tout, loin de toi-même. Une part de moi s'est sentie triste, perdue, évidemment... Une part de moi s'est sentie soulagée et peut-être même... Heureuse. De tous les souhaits que j'ai pu faire jadis, je m'en rends compte maintenant, celui-là seul méritait d'être réalisé.
Tu n’es pas d’accord avec moi ?
Les jours suivants, curieusement, je suis revenu, sans espoir, par habitude, pour me rappeler de toi, de tous ces bons moments que nous avons partagés sans nous en rendre compte, pour m'asseoir à ta place, fixer le point du ciel que tu fixais hier avec tant de sérieux, tant de passion, tant de mélancolie, pour me découvrir, au fil des jours, un sérieux, une passion et une mélancolie au moins égales aux tiennes, attendant, attendant, attendant encore, laissant le temps passer, l'esprit accroché au souvenir de moins en moins précis des traits de ton visage.
Jamais je n'ai cessé d'attendre, sans savoir ce que j'attendais, sans vraiment t'attendre toi, sans vraiment attendre quelqu'un d'autre. Attendant seulement pour attendre. Attendant même à l'infini. Un jour après l'autre après l'autre après l'autre, au centre de ce tableau qui n'a plus rien de beau, sans toi, qui n'a plus rien de vrai, qui n'a plus de lumière... J'attends. J'attends. J'attends. Je ne sais même plus ce que j'espère en venant ici, ni ce que je veux y trouver, ni ce que je recherche, mais je le cherche pourtant et aussi longtemps que je cherche, j'ai l'impression de t'avoir encore un peu près de moi.
Ce soir-là, comme chaque soir, la nuit peine à tomber. Bientôt, je ferme les yeux, suspend mon souffle, compte jusqu'à cent... Puis jusqu'à mille... Puis, pour l'éternité.
C'est un bruit de pas qui m'arrête, peut-être lointain, peut-être imaginaire, mais qui ressemble aux tiens, je pourrai en jurer.
Involontairement, je souris, sans trop y croire, j'ouvre les yeux pour m'apercevoir qu'il fait encore clair alentour, pour m'apercevoir qu'il fait encore jour et qu'au milieu du jour, dans un rai de lumière, plus lumineuse encore, sans que je sache pourquoi, oui... Tu es là.
Mon Dieu.
C'est...
Comment dire ?
J'avais presque oublié à quel point tu es belle.
J'avais presque oublié combien j'avais besoin de toi.
J'avais presque oublié la vitesse à laquelle tu fais battre mon cœur.
J'avais presque oublié que tu étais mon ciel, ma terre, mon parc, mon banc, mon monde, mon univers, j'avais presque oublié que je ne respirais que parce que tu es là pour donner de l'air à mon air...
Sur le coup, j'ai été si heureux de te voir, si heureux de te retrouver que je me suis senti coupable de me sentir si bien, moi qui aurais dû souhaiter ne plus jamais croiser ton chemin... C'est juste que... Comprends-moi. Je pensais tellement que tu ne reviendrais plus. Je pensais tellement t'avoir perdue pour toujours. Et te voilà ! Toujours aussi tranquille, toujours aussi sérieuse... Toujours aussi mélancolique et toujours aussi seule. J'ai beau chercher, personne ne t'accompagne : le beau prince charmant n'est pas avec toi. Peut-être, d'ailleurs, n'en était-il pas un ? Peut-être me suis-je trompé ? ! Peut-être n'était-ce qu'un ami, ou un frère, un collègue de travail ou bien un parfait inconnu et moi, moi, pauvre idiot, il m'a suffi d'une fois pour le voir comme l'homme de ta vie et pour baisser les bras.
Peut-être l'as-tu revu, depuis. Peut-être pas. Qu'importe. Il devrait être là, à tes côtés, son bras noué au tien, seulement il ne l'est pas. Le reste n'est qu'un détail. Tu es là. Tu es là. C'est à peine si je peux y croire. Toi, moi et l'azur, comme avant...
Après être restée longtemps immobile, sans un mot, tu t'installes sur le banc, près de moi, et tu perds à nouveau ton regard dans le vide. Rien n'a changé, tout est pareil, tout est comme je l'ai tant chéri, tout est tel que je le veux pour toujours. Tant pis si tu ne sais pas que j'existe. Tant pis si tu ne me vois pas.
Tant pis, vraiment ?
En fait, en y songeant...
Je réalise que je me trompe : quelque chose a changé, sans que j’en aie conscience. Quelqu'un, en l'occurrence. Et ce quelqu'un, c'est moi. J'ai changé. A jamais. Je ne suis plus le même. Je ne suis plus celui qui veut être invisible. Je ne suis plus celui qui regarde en silence, sans pouvoir rien y faire, attendant qu'apparaisse celui qui te rendra heureuse, celui qui en aurait le cran. C'est terminé. Je ne veux plus. Je ne peux plus. Je refuse de fuir plus longtemps ou de me complaire dans mon désespoir, parce qu'un jour, un beau jour, on t'enlèvera à moi - ou tu partiras sans plus revenir - et ce jour-là, moi, j'aurais perdu plus que je n'avais perdu en perdant mon visage. Je ne suis peut-être pas le héros dont tu rêves, seulement je ne suis pas non plus un lâche, alors...
Je me suis assez caché, assez réfugié derrière de fumeux discours et des principes dont la noblesse m'aura servi d'excuse. Je t'aime. Je t'aime. Je VEUX t'aimer. Je n'ai plus que cela en tête. Je veux revenir dès demain te déclamer mes vers, je veux courir, je veux valser, te soutenir, m'appliquer à être drôle, essayer de te faire sourire et te dire ce que je n'aurais jamais murmuré à personne, que je ne murmurerais jamais qu'à toi ! Plus que tout, plus que tout, je veux que tu saches que j'existe, je veux que tu saches que je t'Aime - que tu saches à quel point je t'Aime -, tant pis si je ne te plais pas - car comment le pourrais-je ? -, et tant pis si tu me rejettes, si tu ne veux pas me revoir, si tu me brises le cœur. Au moins, tu m'auras vu. Ne serait-ce qu'une seule fois. Tu auras entendu ce que j'avais à dire. Tu sauras que j'étais sincère, et que, même si c'est naïf ou insuffisant, je ne voulais que ton bonheur.
Alors, tu pourras me regarder en face, dans les yeux, et me dire que « je ne suis pas ce que tu attendais, que tu n'as pas besoin de moi, que je te suis insignifiant » et ainsi, certainement, me libérer de toi. De ce parc. De ce banc. Déverrouiller ma cage et me laisser filer avec le filet d'eau. Ou peut-être, si tu le veux, me retenir. Ne serait-ce qu'un instant. Ou peut-être...
Me sourire ?
Ou peut-être même m'aimer.
Peut-être... Faire un miracle ? !
Aussi, je veux que tu me vois. Vous m'entendez ? Je veux qu'elle me voit, à présent ! Tant pis si je ne suis pas assez beau, pas assez grand, pas assez fort, pas assez séduisant pour cette histoire ! Je suis ce que je suis et je n'ai pas à le cacher, et je ne veux plus le cacher ! Même si je suis jugé, même si je suis haï, même si je suis trahi, même si je suis blessé, je veux que l'on me voit, je veux retrouver ma voix et mon corps, je veux pouvoir rendre heureux ceux que j'aime , je veux pouvoir changer ce qui doit être changé, je veux pouvoir faire de ce monde un monde meilleur, me mettre en danger, prendre des risques, tomber, me relever, tomber encore, ne plus me contenter d'être figé devant un tableau aussi figé que moi ! Pour elle, je décrocherai la lune, éteindrai les étoiles et mettrais les cieux à l'envers, ne le devine-t-elle pas ? Je me ferai géant, je me ferai immense, je me ferai sans peur et je m'inclinerai devant elle, et je me mettrai à genoux, et je ramperai plus bas que terre. Rien de ce que je ferai ne sera assez beau, ne sera assez merveilleux, ne sera assez solennel, ne sera assez magnifique pour elle. J'en ferai toujours plus, sans jamais moins l'Aimer.
Je mourrai si je dois renaître.
Je me laisserai meurtrir pour devenir plus fort.
Je me battrai pour être digne d'elle, pour la conquérir et pour la garder, même si c'est sans espoir, même si c'est vain, même si je dois tout perdre. Peut-être, ainsi, pourrai-je - un peu - la rendre heureuse, lui apporter un peu de ce que je lui souhaite. Peut-être, ainsi, arriverai-je à la faire sourire. J'essaierais, en tout cas, et tant pis si cela doit être ma seule raison de vivre, et tant pis si j'échoue, et tant pis si cela n'a pas de sens. Ça en aura, pour moi. Aussi...
Je le répète...
Je veux qu'elle puisse m'entendre, je veux qu'elle puisse me voir. Quel que soit mon visage et quel que soit ma voix, quel que soit mon nom et mon âge ! !
Je n'ai jamais rien souhaité aussi fort, je n'ai jamais eu tant envie d'être exaucé. Alors...
Alors je me suis relevé, je n'ai pas hésité, je t'ai composé de nouveaux poèmes, couverte de nouveaux compliments, je t'ai parlé, parlé encore, j'ai écouté le moindre de tes silences et j'ai veillé sur toi, et j'ai prié pour ton bonheur, et je t'ai soutenue, et je t'ai admirée, et je t’ai aidée quand je le pouvais, et les jours ont passé, et les jours ont passé, passé, passé, passé encore...
Et puis un jour, j'ai pris une grande inspiration et je suis revenu m'asseoir à tes côtés. J'ai murmuré à ton oreille un « Je t'aime » que tu n'as pas entendu, j'ai regardé dans la même direction que toi, j'y ai cherché ce que tu pouvais voir sans rien voir de particulier, et puis j'ai retenu mon souffle et puis, sans réfléchir, sans savoir ce que je faisais, pour la toute première fois, j'ai posé ma main sur ta main, et pour la première fois, sans que je sache pourquoi, elle n'est pas passé au travers, j'ai senti ta peau sous ma peau, j'ai senti tes doigts sous mes doigts.
Sans que je réalise, tu as frémi, tu as cessé de regarder le ciel, tu t'es tournée vers moi et je crois qu'à ce moment-là, pendant un instant - un tout, tout, tout petit instant -, tu m'as vu. Pendant un centième de seconde. Pendant une dizaine de minute.
Pendant, peut-être, bien plus.
Je veux être sûr qu'elle est heureuse. Je dois être sûr qu'elle est heureuse, pour pouvoir m'en aller et disparaître encore, et m'en retourner à ma place ou m'en retourner au néant, peut-être, comme un spectre dont l'âme est prisonnière d'une tâche qu'elle doit accomplir avant de pouvoir trouver le repos - à ceci près que moi, je suis vivant, à ceci près que je respire, à ceci près que je ne peux m'empêcher de rêver -... Aussi faudra-t-il que j’arrive à vivre sans elle, aussi faudra-t-il que j'apprenne, que je laisse nos chemins se séparer, que je reprenne ma route pour voir où elle me mène… Et advienne que pourra.
Seulement avant cela, j'ai besoin de savoir qu'elle a vraiment trouvé ce qu'elle venait chercher ici, dans ce parc, sur ce banc, tout au fond de ce ciel… Et si c'est "lui", que ce soit lui, alors ! Je leur souhaiterais tout le bonheur, toute la félicité de ce monde et des autres, même si ça me fait mal, même si j'en paie le prix, parce que ça me ressemble, parce que c'est qui je suis, parce que c'est qui je voudrais être, parce que j'aurai ainsi ma manière à moi d'être beau - si je ne le suis pas - pour qu'un jour, moi aussi, je sois héros d'une belle histoire.
Aussi...
Parce que je veux la mériter. Parce que, si j'avais encore un reflet, je voudrais pouvoir le toiser sans avoir à me détourner ou à rougir de honte. Je peux, n'est-ce pas ? S'il te plait, dis-moi que je peux déjà, dis-moi que tu es fière. S'il te plait, dis-moi que tu es heureuse, dis-moi que vous êtes heureux tous les deux. Ensuite, promis, je m'en irais.
Il faut juste que je sache…
Mais hélas, tu n'es pas venue. Ni ce soir-là, ni aucun autre soir. Alors, j'en ai déduis que tu avais comblé le vide qui te poussait à venir te perdre ici, loin de tout, loin de toi-même. Une part de moi s'est sentie triste, perdue, évidemment... Une part de moi s'est sentie soulagée et peut-être même... Heureuse. De tous les souhaits que j'ai pu faire jadis, je m'en rends compte maintenant, celui-là seul méritait d'être réalisé.
Tu n’es pas d’accord avec moi ?
Les jours suivants, curieusement, je suis revenu, sans espoir, par habitude, pour me rappeler de toi, de tous ces bons moments que nous avons partagés sans nous en rendre compte, pour m'asseoir à ta place, fixer le point du ciel que tu fixais hier avec tant de sérieux, tant de passion, tant de mélancolie, pour me découvrir, au fil des jours, un sérieux, une passion et une mélancolie au moins égales aux tiennes, attendant, attendant, attendant encore, laissant le temps passer, l'esprit accroché au souvenir de moins en moins précis des traits de ton visage.
Jamais je n'ai cessé d'attendre, sans savoir ce que j'attendais, sans vraiment t'attendre toi, sans vraiment attendre quelqu'un d'autre. Attendant seulement pour attendre. Attendant même à l'infini. Un jour après l'autre après l'autre après l'autre, au centre de ce tableau qui n'a plus rien de beau, sans toi, qui n'a plus rien de vrai, qui n'a plus de lumière... J'attends. J'attends. J'attends. Je ne sais même plus ce que j'espère en venant ici, ni ce que je veux y trouver, ni ce que je recherche, mais je le cherche pourtant et aussi longtemps que je cherche, j'ai l'impression de t'avoir encore un peu près de moi.
Ce soir-là, comme chaque soir, la nuit peine à tomber. Bientôt, je ferme les yeux, suspend mon souffle, compte jusqu'à cent... Puis jusqu'à mille... Puis, pour l'éternité.
C'est un bruit de pas qui m'arrête, peut-être lointain, peut-être imaginaire, mais qui ressemble aux tiens, je pourrai en jurer.
Involontairement, je souris, sans trop y croire, j'ouvre les yeux pour m'apercevoir qu'il fait encore clair alentour, pour m'apercevoir qu'il fait encore jour et qu'au milieu du jour, dans un rai de lumière, plus lumineuse encore, sans que je sache pourquoi, oui... Tu es là.
Mon Dieu.
C'est...
Comment dire ?
J'avais presque oublié à quel point tu es belle.
J'avais presque oublié combien j'avais besoin de toi.
J'avais presque oublié la vitesse à laquelle tu fais battre mon cœur.
J'avais presque oublié que tu étais mon ciel, ma terre, mon parc, mon banc, mon monde, mon univers, j'avais presque oublié que je ne respirais que parce que tu es là pour donner de l'air à mon air...
Sur le coup, j'ai été si heureux de te voir, si heureux de te retrouver que je me suis senti coupable de me sentir si bien, moi qui aurais dû souhaiter ne plus jamais croiser ton chemin... C'est juste que... Comprends-moi. Je pensais tellement que tu ne reviendrais plus. Je pensais tellement t'avoir perdue pour toujours. Et te voilà ! Toujours aussi tranquille, toujours aussi sérieuse... Toujours aussi mélancolique et toujours aussi seule. J'ai beau chercher, personne ne t'accompagne : le beau prince charmant n'est pas avec toi. Peut-être, d'ailleurs, n'en était-il pas un ? Peut-être me suis-je trompé ? ! Peut-être n'était-ce qu'un ami, ou un frère, un collègue de travail ou bien un parfait inconnu et moi, moi, pauvre idiot, il m'a suffi d'une fois pour le voir comme l'homme de ta vie et pour baisser les bras.
Peut-être l'as-tu revu, depuis. Peut-être pas. Qu'importe. Il devrait être là, à tes côtés, son bras noué au tien, seulement il ne l'est pas. Le reste n'est qu'un détail. Tu es là. Tu es là. C'est à peine si je peux y croire. Toi, moi et l'azur, comme avant...
Après être restée longtemps immobile, sans un mot, tu t'installes sur le banc, près de moi, et tu perds à nouveau ton regard dans le vide. Rien n'a changé, tout est pareil, tout est comme je l'ai tant chéri, tout est tel que je le veux pour toujours. Tant pis si tu ne sais pas que j'existe. Tant pis si tu ne me vois pas.
Tant pis, vraiment ?
En fait, en y songeant...
Je réalise que je me trompe : quelque chose a changé, sans que j’en aie conscience. Quelqu'un, en l'occurrence. Et ce quelqu'un, c'est moi. J'ai changé. A jamais. Je ne suis plus le même. Je ne suis plus celui qui veut être invisible. Je ne suis plus celui qui regarde en silence, sans pouvoir rien y faire, attendant qu'apparaisse celui qui te rendra heureuse, celui qui en aurait le cran. C'est terminé. Je ne veux plus. Je ne peux plus. Je refuse de fuir plus longtemps ou de me complaire dans mon désespoir, parce qu'un jour, un beau jour, on t'enlèvera à moi - ou tu partiras sans plus revenir - et ce jour-là, moi, j'aurais perdu plus que je n'avais perdu en perdant mon visage. Je ne suis peut-être pas le héros dont tu rêves, seulement je ne suis pas non plus un lâche, alors...
Je me suis assez caché, assez réfugié derrière de fumeux discours et des principes dont la noblesse m'aura servi d'excuse. Je t'aime. Je t'aime. Je VEUX t'aimer. Je n'ai plus que cela en tête. Je veux revenir dès demain te déclamer mes vers, je veux courir, je veux valser, te soutenir, m'appliquer à être drôle, essayer de te faire sourire et te dire ce que je n'aurais jamais murmuré à personne, que je ne murmurerais jamais qu'à toi ! Plus que tout, plus que tout, je veux que tu saches que j'existe, je veux que tu saches que je t'Aime - que tu saches à quel point je t'Aime -, tant pis si je ne te plais pas - car comment le pourrais-je ? -, et tant pis si tu me rejettes, si tu ne veux pas me revoir, si tu me brises le cœur. Au moins, tu m'auras vu. Ne serait-ce qu'une seule fois. Tu auras entendu ce que j'avais à dire. Tu sauras que j'étais sincère, et que, même si c'est naïf ou insuffisant, je ne voulais que ton bonheur.
Alors, tu pourras me regarder en face, dans les yeux, et me dire que « je ne suis pas ce que tu attendais, que tu n'as pas besoin de moi, que je te suis insignifiant » et ainsi, certainement, me libérer de toi. De ce parc. De ce banc. Déverrouiller ma cage et me laisser filer avec le filet d'eau. Ou peut-être, si tu le veux, me retenir. Ne serait-ce qu'un instant. Ou peut-être...
Me sourire ?
Ou peut-être même m'aimer.
Peut-être... Faire un miracle ? !
Aussi, je veux que tu me vois. Vous m'entendez ? Je veux qu'elle me voit, à présent ! Tant pis si je ne suis pas assez beau, pas assez grand, pas assez fort, pas assez séduisant pour cette histoire ! Je suis ce que je suis et je n'ai pas à le cacher, et je ne veux plus le cacher ! Même si je suis jugé, même si je suis haï, même si je suis trahi, même si je suis blessé, je veux que l'on me voit, je veux retrouver ma voix et mon corps, je veux pouvoir rendre heureux ceux que j'aime , je veux pouvoir changer ce qui doit être changé, je veux pouvoir faire de ce monde un monde meilleur, me mettre en danger, prendre des risques, tomber, me relever, tomber encore, ne plus me contenter d'être figé devant un tableau aussi figé que moi ! Pour elle, je décrocherai la lune, éteindrai les étoiles et mettrais les cieux à l'envers, ne le devine-t-elle pas ? Je me ferai géant, je me ferai immense, je me ferai sans peur et je m'inclinerai devant elle, et je me mettrai à genoux, et je ramperai plus bas que terre. Rien de ce que je ferai ne sera assez beau, ne sera assez merveilleux, ne sera assez solennel, ne sera assez magnifique pour elle. J'en ferai toujours plus, sans jamais moins l'Aimer.
Je mourrai si je dois renaître.
Je me laisserai meurtrir pour devenir plus fort.
Je me battrai pour être digne d'elle, pour la conquérir et pour la garder, même si c'est sans espoir, même si c'est vain, même si je dois tout perdre. Peut-être, ainsi, pourrai-je - un peu - la rendre heureuse, lui apporter un peu de ce que je lui souhaite. Peut-être, ainsi, arriverai-je à la faire sourire. J'essaierais, en tout cas, et tant pis si cela doit être ma seule raison de vivre, et tant pis si j'échoue, et tant pis si cela n'a pas de sens. Ça en aura, pour moi. Aussi...
Je le répète...
Je veux qu'elle puisse m'entendre, je veux qu'elle puisse me voir. Quel que soit mon visage et quel que soit ma voix, quel que soit mon nom et mon âge ! !
Je n'ai jamais rien souhaité aussi fort, je n'ai jamais eu tant envie d'être exaucé. Alors...
Alors je me suis relevé, je n'ai pas hésité, je t'ai composé de nouveaux poèmes, couverte de nouveaux compliments, je t'ai parlé, parlé encore, j'ai écouté le moindre de tes silences et j'ai veillé sur toi, et j'ai prié pour ton bonheur, et je t'ai soutenue, et je t'ai admirée, et je t’ai aidée quand je le pouvais, et les jours ont passé, et les jours ont passé, passé, passé, passé encore...
Et puis un jour, j'ai pris une grande inspiration et je suis revenu m'asseoir à tes côtés. J'ai murmuré à ton oreille un « Je t'aime » que tu n'as pas entendu, j'ai regardé dans la même direction que toi, j'y ai cherché ce que tu pouvais voir sans rien voir de particulier, et puis j'ai retenu mon souffle et puis, sans réfléchir, sans savoir ce que je faisais, pour la toute première fois, j'ai posé ma main sur ta main, et pour la première fois, sans que je sache pourquoi, elle n'est pas passé au travers, j'ai senti ta peau sous ma peau, j'ai senti tes doigts sous mes doigts.
Sans que je réalise, tu as frémi, tu as cessé de regarder le ciel, tu t'es tournée vers moi et je crois qu'à ce moment-là, pendant un instant - un tout, tout, tout petit instant -, tu m'as vu. Pendant un centième de seconde. Pendant une dizaine de minute.
Pendant, peut-être, bien plus.
Qui sait ?
dimanche 22 juin 2008
Mardi 17 juin - Vendredi 20 juin
Mardi 17 juin.
Battements de cœur. Battements de cœur. Battements de cœur. Soupirs. Silences. Regards. Battements de cœur. Battements de cœur. Sourires. Regards. Regards. Regards. Regards. Encore : sourires, battements de cœur, et puis, et puis...
Vendredi 20 juin.
Et puis, c'est arrivé. Ça devait arriver. Je savais que ça finirait par arriver, je l'espérais pour elle autant que je le redoutais mais je n'ai jamais cessé d’y penser. Jamais.
Ce jour-là qui, pourtant, semblait semblable aux autres jours, ce jour dont je n'attendais rien de plus qu'un nouveau sourire sur ses lèvres, elle est venue, bien sûr - comment aurait-elle pu manquer un de ses rendez-vous secrets avec la place vide sur le banc, dans le grand parc vide, sous le grand ciel vide, tant qu'elle n'avait pas trouvé ce qu'elle y cherchait ? -…
Cependant ce soir-là, ce soir trop sombre pour une soirée d'été, ce soir dont je me souviendrai toujours, elle n'est pas venue seule - à moins qu'il l'ait rejoint, à moins qu'il l'ait surprise, qu’il l’y ait rattrapée, mais qu'importe, à présent ! -. Elle n'est plus à sa place, elle n'a plus les yeux dans le flou, elle n'a d'yeux que pour lui et lui, lui, lui... Lui joue au plus charmant des princes, un rôle qu'il connaît mieux qu'il ne semble se connaître lui-même : ici, un compliment. Là, un regard en biais. Une main effleurant son épaule. Un mouvement de côté. Forcément, un sourire. Un léger froncement de sourcils, viril, intense...
Comment fait-il pour être si beau ? Comment fait-il pour être si sûr de lui ? Si parfait en toutes circonstances ? Comment fait-il pour être si fidèlement ce qu'une femme qui rêverait encore attendrait de l'homme de ses rêves ? Lui n'est pas invisible, évidemment. Pourquoi le serait-il ? Ces gens-là ne le sont jamais et ils en sont conscients, ils savent qu'ils attirent les regards autant qu’ils les attisent et ils s'en font d'ailleurs des raisons d'être fiers, et de se montrer plus encore. Ce sont les héros des histoires, ce sont les amoureux que l'on voit dans les films, ce sont les Roméos que l'on lit dans les livres... Devant eux, on s'efface, on tire sa révérence parce que c'est un devoir, parce que c'est un honneur, parce qu’on n’est que leurs faire-valoir, condamnés souffrir pour que le destin suive son cours et que la fin, comme toutes les jolies fins, soit cousue d'un fil blanc de longue robe à traîne...
Et pendant que je me morfonds, et pendant que je saigne, ils parlent, ils parlent, ils parlent. Jamais je n'ai tant entendu sa voix. Jamais je ne l'ai vu aussi vivante, comme si la femme que j'étais venu retrouver n'était pas venue ce soir-là, comme si elle n'avait jamais existé ou comme si elle avait... Trouvé un peu de ce qu'elle recherchait ? Trouvé un peu de ce qu'elle attendait ? Vraiment ? ! Jamais auparavant, je ne l'avais vu si heureuse : heureuse comme j'aurais désiré pouvoir la rendre heureuse, heureuse comme elle mérite de l'être, heureuse comme je voulais la voir, heureuse comme elle est destinée à l'être. Alors que faire, si ce n'est m'éclipser, disparaître comme jamais je n'avais disparu, gommer jusqu'à l'ombre de mon ombre, tourner le dos et laisser cette histoire se terminer sans moi ? ! Quoi de plus légitime ? Ça n'a jamais été la mienne. Je n'en étais qu'un spectateur privilégié, celui qui regarde sans être regardé, celui qui souhaite que tout s'arrange sans pouvoir que souhaiter, celui qui tremble et qui soupire, celui qui prie pour que la fin soit telle qu'elle serait censée l'être, s'il avait à l'écrire.
Quoi que je fasse, je ne suis pas, je ne serais jamais le héros d'une romance, je n'en ai pas l'étoffe, ce n'est pas une personne comme moi qu'on souhaite voir s'animer sur les écrans de cinéma. Les belles histoires sont faites pour les belles gens. Il est beau, elle est belle... Pourquoi chercher plus loin et avoir des regrets quand la fin ne peut pas être plus harmonieusement rédigée ? ! Je n'ai plus qu'à partir, maintenant.
Dans cette grande ville pleine de solitude et d'attente, ce ne sont pas les parcs, ce ne sont pas les bancs ni les places vides qui manquent, ni les feuilles coulées d'or, ni les automnes sans fin, ni les tableaux figés, les cages à l'abandon, ni les belles femmes mélancoliques à la peau de cannelle et aux yeux de diamant. Quittons la scène tête haute, puisque c'est le moment. A ses côtés, elle aura tout ce que je n'aurais pas pu lui donner, sans doute. Dans ses bras, elle trouvera ce que je n'aurais pas pu lui offrir. Je n'ai pas à avoir d'hésitations, pas à avoir de peine... Je n'ai pas à être triste, à me sentir blessé. Il me suffit de les regarder là pour voir que tout est bien qui se finira bien, comme le dit la chanson. Ça devrait me suffire. Ça devrait m'apaiser. Ça devrait me guérir.
Alors pourquoi...
Pourquoi est-ce que je ne parviens pas à me résigner ? pourquoi est-ce que je ne parviens pas à me réjouir ? Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à croire que cette fin est une fin heureuse ? Pourquoi est-ce que ma gorge, ma poitrine me font aussi mal ? Pourquoi est-ce que mon cœur se pince si fort ? Pourquoi est-ce que je souffre autant ? Et comment est-ce possible, d'abord ?
Non, non !
Je dois juste être heureux pour elle ! Je dois...
Je dois me réjouir, je dois me détourner, je dois partir ! Maintenant ! Alors pourquoi en suis-je incapable, tout à coup ? Pourquoi est-ce que dire adieu est si difficile ? Pourquoi est-ce que renoncer est si douloureux, alors que je n'ai jamais eu ni chance, ni espoirs... Alors que je n'ai jamais eu que des illusions ? !
Peut-être, justement, parce que je n'ai pas eu ma chance, qui sait ? !
Je n'étais qu'un mirage, courant après un autre mirage, que la réalité a fini par chasser au milieu des nuages. Aimer. L'aimer. Pourquoi l'oser, sachant que c'était vain, sachant que ça se terminerait ainsi, sachant que je suis qui je suis et qu'elle est qui elle est ? et pourquoi refuser de lâcher prise, alors que je suis prêt ? Pourquoi ne pas abandonner ? Je devrais me faire une raison, bien sûr, moi qui ait toujours été raisonnable à en mourir... Mais le suis-je au point de pouvoir tout perdre sans un regret ou une hésitation ?
Car quoi ! ?
Je ne veux pas tout perdre. Je ne veux pas la perdre.
Tu m'entends ?
Je ne veux pas la perdre !
Je ne veux pas que tu l'emmènes !
Je ne veux pas que tu l'entraînes loin de ce banc !
Je ne veux pas que tout s'achève avant d'avoir pu commencer ! Moi aussi, je fais partie de l'histoire ! Moi aussi, je veux pouvoir être heureux ! Je t'en prie, ne me l'enlève pas, ne la fait pas disparaître du cours de ma vie comme j'ai disparu il y a tant d'années ! Qu'importe qu'elle ne soit pour moi qu'une vague connaissance, à peine, qu'une amie, ou qu'un songe ! J'ai besoin d'elle. J'ai besoin d'elle ! J'en ai bien plus besoin que toi, qui n'aura jamais vraiment besoin de personne et tu en es conscient, n'est-ce pas ? Pour toi, cette ville compte des milliers de parcs et des milliers de bancs, des milliers d'occasions et des milliers de ciels mais pour moi, il n'y en a qu'un seul, il ne peut y en avoir qu'un seul, il n'y en aura jamais qu'un seul : celui où elle se trouve. Celui-là uniquement.
Je n'ai rien contre toi, je te le jure ; je te suis reconnaissant de la faire sourire, c'est vrai, même si ça me met le cœur en morceaux et même si ça m'écorche vif, mais je sais comment sont les belles personnes ! Je sais que tu ne l'aimeras pas autant que moi, je l'aime ! Je sais que tu ne la respecteras pas autant qu'elle vaut de l'être ! Je sais que tu feras semblant ! Tu es tellement habitué à être aimé, quoi qu'il arrive ! Tu es tellement habitué à être au centre de toutes les préoccupations ! Un jour, tu la feras souffrir, c'est obligé, et je ne veux pas que cela arrive, ça ne doit jamais arriver, elle doit être heureuse, tu m'entends ? Ce n’est pas qu'"une parmi tant d'autres", c'est Elle - avec une majuscule ! -, elle vaut bien mieux que toi, qui vaut bien mieux que moi, je sais. Pourtant, je t'en supplie, ne l'éloigne pas de moi. Je t'en prie, ne la fait pas rire ! Ne sois pas charmant ! Ne sois pas parfait ! Ne sois pas celui qu'elle attend !
Je te donnerais tout ce que j'ai et tout ce que j'aurais jamais, mais ne l'emmène pas loin de moi ! Je t'en supplie. Je t'en supplie. Qui que tu sois, quoi que tu représentes pour elle ! Aussi idéal que tu sois ! Je l'Aime. Est-ce que ça veut dire quelque chose, pour toi ? Pour toi qui est si beau ? Pour toi qui a toujours été tant admiré ? Pour toi qui n'a jamais rien perdu de précieux ? Pour toi qui n'a jamais été si seul ? Pour toi qui n’auras jamais été réduit à une ombre ?
Tue-moi, si tu le veux, mais ne me l'enlève pas. Ou alors, ou alors, jure que jamais tu ne lui feras mal, jure-moi que tu la feras toujours rire comme elle rit aujourd'hui, jure-moi qu'elle n'aura plus jamais besoin de venir sur ce banc, qu'elle n'aura plus jamais besoin d'attendre ainsi. Jure-le, si tu le peux ! Mais le peux-tu, dis-moi ? Le pourrais-je, à ta place ?
Ce soir-là, ce n'est pas sur moi que la nuit a fermé ses dents car je suis parti le premier, sans même me retourner, en mordant les lèvres jusqu'au sang, parce que j'ai fini par comprendre que c'était moi l'idiot, moi l'égoïste, moi la mauvaise personne, à faire ainsi passer mon aspiration au bonheur avant celui qu’elle mérite de trouver, à souffrir autant de la voir heureuse, à formuler le souhait indigne que cette histoire ne soit rien de sérieux et à juger un homme que je ne connais pas sans la moindre indulgence. J'ai beau me mépriser, me faire honte et me détester, je ne me suis jamais autant haï que ce soir-là. Voilà pourquoi je suis parti, écœuré par mon attitude, par ma faiblesse - peut-être, aussi, par mon humanité -, avec la ferme intention de ne jamais revenir.
Je n'ai pas dormi, cette nuit-là. Non. Je l’ai passée à leur souhaiter ce qui me faisait mal...
Et à leur demander, à tous deux, de me pardonner.
Battements de cœur. Battements de cœur. Battements de cœur. Soupirs. Silences. Regards. Battements de cœur. Battements de cœur. Sourires. Regards. Regards. Regards. Regards. Encore : sourires, battements de cœur, et puis, et puis...
Vendredi 20 juin.
Et puis, c'est arrivé. Ça devait arriver. Je savais que ça finirait par arriver, je l'espérais pour elle autant que je le redoutais mais je n'ai jamais cessé d’y penser. Jamais.
Ce jour-là qui, pourtant, semblait semblable aux autres jours, ce jour dont je n'attendais rien de plus qu'un nouveau sourire sur ses lèvres, elle est venue, bien sûr - comment aurait-elle pu manquer un de ses rendez-vous secrets avec la place vide sur le banc, dans le grand parc vide, sous le grand ciel vide, tant qu'elle n'avait pas trouvé ce qu'elle y cherchait ? -…
Cependant ce soir-là, ce soir trop sombre pour une soirée d'été, ce soir dont je me souviendrai toujours, elle n'est pas venue seule - à moins qu'il l'ait rejoint, à moins qu'il l'ait surprise, qu’il l’y ait rattrapée, mais qu'importe, à présent ! -. Elle n'est plus à sa place, elle n'a plus les yeux dans le flou, elle n'a d'yeux que pour lui et lui, lui, lui... Lui joue au plus charmant des princes, un rôle qu'il connaît mieux qu'il ne semble se connaître lui-même : ici, un compliment. Là, un regard en biais. Une main effleurant son épaule. Un mouvement de côté. Forcément, un sourire. Un léger froncement de sourcils, viril, intense...
Comment fait-il pour être si beau ? Comment fait-il pour être si sûr de lui ? Si parfait en toutes circonstances ? Comment fait-il pour être si fidèlement ce qu'une femme qui rêverait encore attendrait de l'homme de ses rêves ? Lui n'est pas invisible, évidemment. Pourquoi le serait-il ? Ces gens-là ne le sont jamais et ils en sont conscients, ils savent qu'ils attirent les regards autant qu’ils les attisent et ils s'en font d'ailleurs des raisons d'être fiers, et de se montrer plus encore. Ce sont les héros des histoires, ce sont les amoureux que l'on voit dans les films, ce sont les Roméos que l'on lit dans les livres... Devant eux, on s'efface, on tire sa révérence parce que c'est un devoir, parce que c'est un honneur, parce qu’on n’est que leurs faire-valoir, condamnés souffrir pour que le destin suive son cours et que la fin, comme toutes les jolies fins, soit cousue d'un fil blanc de longue robe à traîne...
Et pendant que je me morfonds, et pendant que je saigne, ils parlent, ils parlent, ils parlent. Jamais je n'ai tant entendu sa voix. Jamais je ne l'ai vu aussi vivante, comme si la femme que j'étais venu retrouver n'était pas venue ce soir-là, comme si elle n'avait jamais existé ou comme si elle avait... Trouvé un peu de ce qu'elle recherchait ? Trouvé un peu de ce qu'elle attendait ? Vraiment ? ! Jamais auparavant, je ne l'avais vu si heureuse : heureuse comme j'aurais désiré pouvoir la rendre heureuse, heureuse comme elle mérite de l'être, heureuse comme je voulais la voir, heureuse comme elle est destinée à l'être. Alors que faire, si ce n'est m'éclipser, disparaître comme jamais je n'avais disparu, gommer jusqu'à l'ombre de mon ombre, tourner le dos et laisser cette histoire se terminer sans moi ? ! Quoi de plus légitime ? Ça n'a jamais été la mienne. Je n'en étais qu'un spectateur privilégié, celui qui regarde sans être regardé, celui qui souhaite que tout s'arrange sans pouvoir que souhaiter, celui qui tremble et qui soupire, celui qui prie pour que la fin soit telle qu'elle serait censée l'être, s'il avait à l'écrire.
Quoi que je fasse, je ne suis pas, je ne serais jamais le héros d'une romance, je n'en ai pas l'étoffe, ce n'est pas une personne comme moi qu'on souhaite voir s'animer sur les écrans de cinéma. Les belles histoires sont faites pour les belles gens. Il est beau, elle est belle... Pourquoi chercher plus loin et avoir des regrets quand la fin ne peut pas être plus harmonieusement rédigée ? ! Je n'ai plus qu'à partir, maintenant.
Après tout, pourquoi pas ?
Dans cette grande ville pleine de solitude et d'attente, ce ne sont pas les parcs, ce ne sont pas les bancs ni les places vides qui manquent, ni les feuilles coulées d'or, ni les automnes sans fin, ni les tableaux figés, les cages à l'abandon, ni les belles femmes mélancoliques à la peau de cannelle et aux yeux de diamant. Quittons la scène tête haute, puisque c'est le moment. A ses côtés, elle aura tout ce que je n'aurais pas pu lui donner, sans doute. Dans ses bras, elle trouvera ce que je n'aurais pas pu lui offrir. Je n'ai pas à avoir d'hésitations, pas à avoir de peine... Je n'ai pas à être triste, à me sentir blessé. Il me suffit de les regarder là pour voir que tout est bien qui se finira bien, comme le dit la chanson. Ça devrait me suffire. Ça devrait m'apaiser. Ça devrait me guérir.
Alors pourquoi...
Pourquoi est-ce que je ne parviens pas à me résigner ? pourquoi est-ce que je ne parviens pas à me réjouir ? Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à croire que cette fin est une fin heureuse ? Pourquoi est-ce que ma gorge, ma poitrine me font aussi mal ? Pourquoi est-ce que mon cœur se pince si fort ? Pourquoi est-ce que je souffre autant ? Et comment est-ce possible, d'abord ?
Non, non !
Je dois juste être heureux pour elle ! Je dois...
Je dois me réjouir, je dois me détourner, je dois partir ! Maintenant ! Alors pourquoi en suis-je incapable, tout à coup ? Pourquoi est-ce que dire adieu est si difficile ? Pourquoi est-ce que renoncer est si douloureux, alors que je n'ai jamais eu ni chance, ni espoirs... Alors que je n'ai jamais eu que des illusions ? !
Peut-être...
Peut-être, justement, parce que je n'ai pas eu ma chance, qui sait ? !
Je n'étais qu'un mirage, courant après un autre mirage, que la réalité a fini par chasser au milieu des nuages. Aimer. L'aimer. Pourquoi l'oser, sachant que c'était vain, sachant que ça se terminerait ainsi, sachant que je suis qui je suis et qu'elle est qui elle est ? et pourquoi refuser de lâcher prise, alors que je suis prêt ? Pourquoi ne pas abandonner ? Je devrais me faire une raison, bien sûr, moi qui ait toujours été raisonnable à en mourir... Mais le suis-je au point de pouvoir tout perdre sans un regret ou une hésitation ?
Car quoi ! ?
Je ne veux pas tout perdre. Je ne veux pas la perdre.
Tu m'entends ?
Je ne veux pas la perdre !
Je ne veux pas que tu l'emmènes !
Je ne veux pas que tu l'entraînes loin de ce banc !
Je ne veux pas que tout s'achève avant d'avoir pu commencer ! Moi aussi, je fais partie de l'histoire ! Moi aussi, je veux pouvoir être heureux ! Je t'en prie, ne me l'enlève pas, ne la fait pas disparaître du cours de ma vie comme j'ai disparu il y a tant d'années ! Qu'importe qu'elle ne soit pour moi qu'une vague connaissance, à peine, qu'une amie, ou qu'un songe ! J'ai besoin d'elle. J'ai besoin d'elle ! J'en ai bien plus besoin que toi, qui n'aura jamais vraiment besoin de personne et tu en es conscient, n'est-ce pas ? Pour toi, cette ville compte des milliers de parcs et des milliers de bancs, des milliers d'occasions et des milliers de ciels mais pour moi, il n'y en a qu'un seul, il ne peut y en avoir qu'un seul, il n'y en aura jamais qu'un seul : celui où elle se trouve. Celui-là uniquement.
Je n'ai rien contre toi, je te le jure ; je te suis reconnaissant de la faire sourire, c'est vrai, même si ça me met le cœur en morceaux et même si ça m'écorche vif, mais je sais comment sont les belles personnes ! Je sais que tu ne l'aimeras pas autant que moi, je l'aime ! Je sais que tu ne la respecteras pas autant qu'elle vaut de l'être ! Je sais que tu feras semblant ! Tu es tellement habitué à être aimé, quoi qu'il arrive ! Tu es tellement habitué à être au centre de toutes les préoccupations ! Un jour, tu la feras souffrir, c'est obligé, et je ne veux pas que cela arrive, ça ne doit jamais arriver, elle doit être heureuse, tu m'entends ? Ce n’est pas qu'"une parmi tant d'autres", c'est Elle - avec une majuscule ! -, elle vaut bien mieux que toi, qui vaut bien mieux que moi, je sais. Pourtant, je t'en supplie, ne l'éloigne pas de moi. Je t'en prie, ne la fait pas rire ! Ne sois pas charmant ! Ne sois pas parfait ! Ne sois pas celui qu'elle attend !
Je te donnerais tout ce que j'ai et tout ce que j'aurais jamais, mais ne l'emmène pas loin de moi ! Je t'en supplie. Je t'en supplie. Qui que tu sois, quoi que tu représentes pour elle ! Aussi idéal que tu sois ! Je l'Aime. Est-ce que ça veut dire quelque chose, pour toi ? Pour toi qui est si beau ? Pour toi qui a toujours été tant admiré ? Pour toi qui n'a jamais rien perdu de précieux ? Pour toi qui n'a jamais été si seul ? Pour toi qui n’auras jamais été réduit à une ombre ?
Tue-moi, si tu le veux, mais ne me l'enlève pas. Ou alors, ou alors, jure que jamais tu ne lui feras mal, jure-moi que tu la feras toujours rire comme elle rit aujourd'hui, jure-moi qu'elle n'aura plus jamais besoin de venir sur ce banc, qu'elle n'aura plus jamais besoin d'attendre ainsi. Jure-le, si tu le peux ! Mais le peux-tu, dis-moi ? Le pourrais-je, à ta place ?
Ce soir-là, ce n'est pas sur moi que la nuit a fermé ses dents car je suis parti le premier, sans même me retourner, en mordant les lèvres jusqu'au sang, parce que j'ai fini par comprendre que c'était moi l'idiot, moi l'égoïste, moi la mauvaise personne, à faire ainsi passer mon aspiration au bonheur avant celui qu’elle mérite de trouver, à souffrir autant de la voir heureuse, à formuler le souhait indigne que cette histoire ne soit rien de sérieux et à juger un homme que je ne connais pas sans la moindre indulgence. J'ai beau me mépriser, me faire honte et me détester, je ne me suis jamais autant haï que ce soir-là. Voilà pourquoi je suis parti, écœuré par mon attitude, par ma faiblesse - peut-être, aussi, par mon humanité -, avec la ferme intention de ne jamais revenir.
Je n'ai pas dormi, cette nuit-là. Non. Je l’ai passée à leur souhaiter ce qui me faisait mal...
Et à leur demander, à tous deux, de me pardonner.
samedi 14 juin 2008
Lundi 08 juin
Aujourd'hui, un jour comme les autres...
Un jour de même ciel, de même vent, de même lumière.
Aujourd'hui, un jour comme les autres, je suis revenu pour te voir comme je suis si souvent venu, ces derniers mois, je suis revenu pour m'asseoir - un peu plus près de toi, peut-être -, avec dans l'idée de réapparaître par mes propres moyens, d'arriver à te faire savoir que je suis là et que j'existe, enfin. J'avais assez tardé. Je m'étais assez appitoyé sur mon sort. Je devais passer à l'action. J'y avais pensé toute la nuit, encore. J'avais tout planifié, envisagé chaque scénario possible, chaque souffle, chaque acte, chaque conséquence chaque réaction possible sans être plus avancé. Evidemment, cela m'a un peu coûté de venir vers toi, de prendre un si gros risque sans vraiment savoir où j'allais, à quoi je m'exposais, mais je me suis lancé.
Comme ça.
Sans réfléchir.
Sans penser à la chute.
Sans penser au sol que l'on va heurter.
En écartant les bras, en s'imaginant une paire d'ailes, en s'en sentant pousser et en espérant que ces ailes nous aideront à voler, nous sauveront de cette chute.
Jeans et haut noir, austère, tu avais l'air encore plus triste, plus sombre que les fois précédentes, alors je n'ai pas hésité, j'ai oublié celui que j'étais jusqu'ici comme celui que je n'étais pas, j'ai inspiré longuement, fermé les yeux, ouvert mon coeur, je t'ai souri, je me suis assis sur le banc, juste à côté et je t'ai parlé, et je t'ai parlé, et je t'ai parlé, de moi, de toi, des autres, du monde, du tableau, des cages, de l'enclos, du ruisseau, du parterre de fleurs, puis je t'ai écouté - même si tu es restée muette, tant pis ! J'ai entendu tout ce que tes silences s'avisaient de confier -, puis sans même m'en rendre compte, sans bouger de ma place, je me suis jeté à tes pieds et je t'ai déclamé les vers que j'avais composés pour toi, j'ai changé la ville en poème, j'ai quitté le décor pour monter sur la scène, au centre des mots, des regards, et quand j'ai eu tout récité, j'en ai improvisés, encore, encore, pendant des heures, pendant des jours, pendant des siècles, sans me lasser, sans cesse... Et pendant que j'improvisais, aux alentours, à mon insu, les nuages défilaient, le filet d'eau chantait, les oiseaux reprenaient en chœur au point que j'en ai oublié que je n'étais qu'une ombre, que je n'étais qu'un spectre, que tu ne pouvais pas m'entendre, que tu ne pouvais pas me voir, que tu ne voulais pas me voir, que tu ne me verrais jamais.
Ainsi, quand j'ai eu fini de parler, pour ne pas avoir à me taire, je me suis mis à chanter, puis à rire, puis à rire et chanter, et à nouveau, à rire. Ensuite - ensuite ! -, j'ai sorti le carnet de la poche de ma veste et je me suis mis à t'écrire, t’écrire, t’écrire sans m’arrêter, page après page, rêve de toi après rêve de toi, et même si les feuilles que le vent t'a apporté n'étaient que des feuilles blanches, pour toi, en vérité, toutes les phrases étaient là, tous les secrets, les compliments, en rang serrés, bien à leur place, en ordre pour chanter tes louanges, célébrer ta valeur, louer tes moindres charmes.
Enfin, d'un bond, je me suis redressé et je suis allé chercher chaque passant qui passait au-delà des haies et je leur ai crié, crié, crié fort à l'oreille à quel point tu es belle, combien tu es parfaite, combien tu es sublime, combien tu mérites d'être aimée, et à peine m'étais-je tû que je criais encore. Quand tu t'es levée pour faire quelques pas, j'ai valsé tout autour de toi et jamais, jusqu'ici, le monde n'avait autant tourné, autant dansé, autant tremblé, autant eu le vertige. Quand tu as trébuché, je t'ai rattrapée sans que tu le saches... Quand tu as soupiré, j'ai été plus drôle que je ne l'avais jamais été - ou en tout cas, j'ai essayé, un peu maladroitement, c'est vrai, car je suis maladroit, j'en suis conscient -, très naïvement, mais sincèrement, toujours, si bien que sans qu'aucun de nous puisse deviner pourquoi, bientôt, tu as souris, et même si ce sourire était un peu discret, même s'il t'a vite passé, il avait sur tes lèvres toute la beauté du monde, toutes les beautés du monde, toute ta beauté à toi... Tant de beauté que quand, comme chaque soir, tu t'en es retournée, longtemps, longtemps, je t'ai couru après en répétant combien je t'aime, combien je voudrais être à toi sans plus m'appartenir, combien tu es la plus belle chose qui pouvait m'arriver. Puis je t'ai laissé t'en aller.
Fatigué, mais heureux.
Prêt à recommencer. Le lendemain et le surlendemain. Et tous les jours qui ont suivi, depuis. Tous les jours, tous les jours. Sans exception.
Pendant ce qui m'a semblé des années, des siècles, je n’ai plus cessé de sourire, je n'ai plus cessé de parler, je n'ai plus cessé de courir, à en perdre le souffle, à en perdre la voix, à en perdre la vie, chaque fois un peu plus loin, chaque fois un peu plus vite, chaque fois plus passionné, chaque fois moins capable de faire marche arrière, et tant pis si au fond, tu ne me voyais toujours pas : parfois, tu souriais et, ma foi, c'était bien assez. C'est ainsi que, petit à petit, l'automne a déserté le parc, emportant avec lui ses reflets or et rouille, faisant place nette pour que l'été vienne tout recolorer, tout remettre en valeur, tout éclairer sans jamais t'éclipser ni oublier de te réconforter par ses rayons, sa douce tiédeur... Et, sans que nous en ayons réellement concience, le tableau du parc et du banc a cessé de n'être qu'un tableau, chaque soir s’improvisait différent de la veille, sans l'être jamais vraiment. Rassurant, familier, mais aussi plein d'heureuses surprises, de détails magnifiques.
Jamais tu n'as eu l'air aussi sereine qu'alors, m'a-t-il semblé, et je me suis plu à croire que - peut-être - je n'y étais pas étranger. Jamais auparavant, je ne m'étais surpris à espérer autant. A espérer en toi. A espérer en moi.
Un jour, tu me verrais, j'en étais convaincu. Si je poursuivais mes efforts au point de m'épuiser, au point de me faire mal, au point de m'effondrer, un jour, je réapparaîtrai, c'était inévitable, comment pourrait-il en être autrement ? Jamais je n'avais autant existé, jusqu'à présent ! Je n'étais plus un timide filet d'eau, j'étais devenu une rivière ! Rien ne m’arrêterait plus, j'aurai pu en jurer.
Jamais plus la nuit ne se fermerait sur moi.
Je le sentais, le ressentais.
C'était l'évidence-même.
Un jour de même ciel, de même vent, de même lumière.
Aujourd'hui, un jour comme les autres, je suis revenu pour te voir comme je suis si souvent venu, ces derniers mois, je suis revenu pour m'asseoir - un peu plus près de toi, peut-être -, avec dans l'idée de réapparaître par mes propres moyens, d'arriver à te faire savoir que je suis là et que j'existe, enfin. J'avais assez tardé. Je m'étais assez appitoyé sur mon sort. Je devais passer à l'action. J'y avais pensé toute la nuit, encore. J'avais tout planifié, envisagé chaque scénario possible, chaque souffle, chaque acte, chaque conséquence chaque réaction possible sans être plus avancé. Evidemment, cela m'a un peu coûté de venir vers toi, de prendre un si gros risque sans vraiment savoir où j'allais, à quoi je m'exposais, mais je me suis lancé.
Comme ça.
Sans réfléchir.
Comme on se lance, quand on n'a rien à perdre.
Comme on se lance, quand on saute dans le vide.Sans penser à la chute.
Sans penser au sol que l'on va heurter.
En écartant les bras, en s'imaginant une paire d'ailes, en s'en sentant pousser et en espérant que ces ailes nous aideront à voler, nous sauveront de cette chute.
Jeans et haut noir, austère, tu avais l'air encore plus triste, plus sombre que les fois précédentes, alors je n'ai pas hésité, j'ai oublié celui que j'étais jusqu'ici comme celui que je n'étais pas, j'ai inspiré longuement, fermé les yeux, ouvert mon coeur, je t'ai souri, je me suis assis sur le banc, juste à côté et je t'ai parlé, et je t'ai parlé, et je t'ai parlé, de moi, de toi, des autres, du monde, du tableau, des cages, de l'enclos, du ruisseau, du parterre de fleurs, puis je t'ai écouté - même si tu es restée muette, tant pis ! J'ai entendu tout ce que tes silences s'avisaient de confier -, puis sans même m'en rendre compte, sans bouger de ma place, je me suis jeté à tes pieds et je t'ai déclamé les vers que j'avais composés pour toi, j'ai changé la ville en poème, j'ai quitté le décor pour monter sur la scène, au centre des mots, des regards, et quand j'ai eu tout récité, j'en ai improvisés, encore, encore, pendant des heures, pendant des jours, pendant des siècles, sans me lasser, sans cesse... Et pendant que j'improvisais, aux alentours, à mon insu, les nuages défilaient, le filet d'eau chantait, les oiseaux reprenaient en chœur au point que j'en ai oublié que je n'étais qu'une ombre, que je n'étais qu'un spectre, que tu ne pouvais pas m'entendre, que tu ne pouvais pas me voir, que tu ne voulais pas me voir, que tu ne me verrais jamais.
Ainsi, quand j'ai eu fini de parler, pour ne pas avoir à me taire, je me suis mis à chanter, puis à rire, puis à rire et chanter, et à nouveau, à rire. Ensuite - ensuite ! -, j'ai sorti le carnet de la poche de ma veste et je me suis mis à t'écrire, t’écrire, t’écrire sans m’arrêter, page après page, rêve de toi après rêve de toi, et même si les feuilles que le vent t'a apporté n'étaient que des feuilles blanches, pour toi, en vérité, toutes les phrases étaient là, tous les secrets, les compliments, en rang serrés, bien à leur place, en ordre pour chanter tes louanges, célébrer ta valeur, louer tes moindres charmes.
Enfin, d'un bond, je me suis redressé et je suis allé chercher chaque passant qui passait au-delà des haies et je leur ai crié, crié, crié fort à l'oreille à quel point tu es belle, combien tu es parfaite, combien tu es sublime, combien tu mérites d'être aimée, et à peine m'étais-je tû que je criais encore. Quand tu t'es levée pour faire quelques pas, j'ai valsé tout autour de toi et jamais, jusqu'ici, le monde n'avait autant tourné, autant dansé, autant tremblé, autant eu le vertige. Quand tu as trébuché, je t'ai rattrapée sans que tu le saches... Quand tu as soupiré, j'ai été plus drôle que je ne l'avais jamais été - ou en tout cas, j'ai essayé, un peu maladroitement, c'est vrai, car je suis maladroit, j'en suis conscient -, très naïvement, mais sincèrement, toujours, si bien que sans qu'aucun de nous puisse deviner pourquoi, bientôt, tu as souris, et même si ce sourire était un peu discret, même s'il t'a vite passé, il avait sur tes lèvres toute la beauté du monde, toutes les beautés du monde, toute ta beauté à toi... Tant de beauté que quand, comme chaque soir, tu t'en es retournée, longtemps, longtemps, je t'ai couru après en répétant combien je t'aime, combien je voudrais être à toi sans plus m'appartenir, combien tu es la plus belle chose qui pouvait m'arriver. Puis je t'ai laissé t'en aller.
Fatigué, mais heureux.
Prêt à recommencer. Le lendemain et le surlendemain. Et tous les jours qui ont suivi, depuis. Tous les jours, tous les jours. Sans exception.
Pendant ce qui m'a semblé des années, des siècles, je n’ai plus cessé de sourire, je n'ai plus cessé de parler, je n'ai plus cessé de courir, à en perdre le souffle, à en perdre la voix, à en perdre la vie, chaque fois un peu plus loin, chaque fois un peu plus vite, chaque fois plus passionné, chaque fois moins capable de faire marche arrière, et tant pis si au fond, tu ne me voyais toujours pas : parfois, tu souriais et, ma foi, c'était bien assez. C'est ainsi que, petit à petit, l'automne a déserté le parc, emportant avec lui ses reflets or et rouille, faisant place nette pour que l'été vienne tout recolorer, tout remettre en valeur, tout éclairer sans jamais t'éclipser ni oublier de te réconforter par ses rayons, sa douce tiédeur... Et, sans que nous en ayons réellement concience, le tableau du parc et du banc a cessé de n'être qu'un tableau, chaque soir s’improvisait différent de la veille, sans l'être jamais vraiment. Rassurant, familier, mais aussi plein d'heureuses surprises, de détails magnifiques.
Jamais tu n'as eu l'air aussi sereine qu'alors, m'a-t-il semblé, et je me suis plu à croire que - peut-être - je n'y étais pas étranger. Jamais auparavant, je ne m'étais surpris à espérer autant. A espérer en toi. A espérer en moi.
Un jour, tu me verrais, j'en étais convaincu. Si je poursuivais mes efforts au point de m'épuiser, au point de me faire mal, au point de m'effondrer, un jour, je réapparaîtrai, c'était inévitable, comment pourrait-il en être autrement ? Jamais je n'avais autant existé, jusqu'à présent ! Je n'étais plus un timide filet d'eau, j'étais devenu une rivière ! Rien ne m’arrêterait plus, j'aurai pu en jurer.
Jamais plus la nuit ne se fermerait sur moi.
Je le sentais, le ressentais.
C'était l'évidence-même.
samedi 7 juin 2008
Vendredi 6 juin
Il y a un petit pont, pas très loin de ce banc, et sous ce pont, un petit filet d’eau qui s’écoule en silence sans se laisser troubler par le calme alentour, serein, discret, comme s'il n'était pas vraiment là, comme s'il n'était que de passage, comme s'il ne voulait pas appartenir à ce monde sans visage, à ce visage sans traits, à ce trait de pinceau sur une toile sans surprises... A quelques mètres encore, comme il se doit, de la treille et un peu de vigne avec, quelque mètres au-delà, un grand parterre de fleurs qui entoure un enclos désert, quelques cages vides où gazouillaient sans doute des oiseaux exotiques, il y a des années de cela.
Un parc comme il en existe des milliers, peut-être. Ou comme il n'en existera jamais qu'en rêve.
Bien sûr.
Comment ai-je pu m'y laisse prendrer ?
Jusqu’à ce jour, jamais je n’avais réellement détaillé ce tableau tant je ne voyais qu’elle, jamais je n’avais remarqué à quel point il était parfait, à quel point tout en lui respirait l’harmonie, à quel point tout en lui appellait au repos, à la résignation, mais en donnant l’impression un peu angoissante de n’être qu’un décor aussi vide que les cages et l’enclos, que le ciel et les nues, comme une métaphore de la vie humaine, en somme, une allégorie où la paix ne serait qu’une question d’absence, où seuls " ne rien souhaiter " et " ne plus rien avoir " seraient "garantie de ne plus rien perdre, de s’avancer sans craintes, d'atteindre un équilibre que rien ne pourrait bouleverser".
Quoi de plus vrai, au fond ?
Seul un monde vide peut nous appartenir. Seule une coquille creuse peut offrir un semblant de contrôle, un semblant de sécurité... Et qu’importe si les cages n’ont plus rien à garder, dès lors, et qu'importe si nous-mêmes n’avons rien à chérir ! Au moins, plus rien ne viendra entrouvrir les grilles, plus rien ne viendra nous blesser, plus rien ne viendra nous meurtrir, on pourrait en jurer. Peut-être est-ce pour cela que tous les soirs, tu t’assois sur ce banc, d'ailleurs, et que tu regardes vers le ciel, perdue dans tes pensées. Peut-être est-ce pour cela que je reviens, chaque fois, et que je m’assieds en tailleur au milieu de la place pour te regarder faire, sans cesser de prier pour toi, sans cesser de m'en faire. Peut-être que ce sont là nos cages, nos enclos ou notre scène, comme un refuge où nous nous sentons en sécurité, à l’abri dans le cadre d’un tableau qui ne change jamais. Peut-être que tu n’attends pas, en réalité. Peut-être qu’au contraire, tu es là pour t’empêcher d’attendre, t’empêcher de vouloir attendre, t’empêcher de souhaiter que ce que tu voudrais attendre puisse un jour t’arriver. Et moi…
Peut-être qu’au fond, ça me rassure, que tu ne me vois pas. Peut-être que je n’ose t’Aimer à ce point que parce qu'au fond, je sais que tu ne m’Aimeras pas, jamais. Peut-être que moi aussi, je suis dans le tableau que je crois regarder et que ni toi ni moi, nous ne désirons plus que ce que nous avons trouvé ici, plus que cet équilibre figé au son de ce mince filet d’eau qui, seul, s’anime encore.
Jamais un oiseau dans le ciel. Jamais d'averse, jamais d’orage ou de tempête. Jamais de colère ou d'hésitation. Jamais de vie, jamais de bruit, jamais de désaccord, jamais de dissonance. Nuages nacrés. Horizons dégagés. En guise de clé de voûte : la paix, une paix faite de silence, de retenue, de recueillement, une paix aussi figée que le reste du monde, une paix qui n'est pas un cadeau mais une prison, une cage et, derrière ses barreaux, les fantômes de souvenirs qui y sont enfermés...
Peut-être qu'à force de venir t'installer au milieu de ce banc, à force d'y soupirer, à force d'en faire ton univers, tu disparaîtras à ton tour, lentement, un détail après l'autre jusqu'à ce qu'à mon tour, j'en vienne à ne plus te voir, jusqu'à ce que tu te sois libérée de tous les regards et que tu n'aies plus à t'en inquiéter. Alors, tu seras seule, je serais seul...
Quoi de plus vrai, au fond ?
Seul un monde vide peut nous appartenir. Seule une coquille creuse peut offrir un semblant de contrôle, un semblant de sécurité... Et qu’importe si les cages n’ont plus rien à garder, dès lors, et qu'importe si nous-mêmes n’avons rien à chérir ! Au moins, plus rien ne viendra entrouvrir les grilles, plus rien ne viendra nous blesser, plus rien ne viendra nous meurtrir, on pourrait en jurer. Peut-être est-ce pour cela que tous les soirs, tu t’assois sur ce banc, d'ailleurs, et que tu regardes vers le ciel, perdue dans tes pensées. Peut-être est-ce pour cela que je reviens, chaque fois, et que je m’assieds en tailleur au milieu de la place pour te regarder faire, sans cesser de prier pour toi, sans cesser de m'en faire. Peut-être que ce sont là nos cages, nos enclos ou notre scène, comme un refuge où nous nous sentons en sécurité, à l’abri dans le cadre d’un tableau qui ne change jamais. Peut-être que tu n’attends pas, en réalité. Peut-être qu’au contraire, tu es là pour t’empêcher d’attendre, t’empêcher de vouloir attendre, t’empêcher de souhaiter que ce que tu voudrais attendre puisse un jour t’arriver. Et moi…
Peut-être qu’au fond, ça me rassure, que tu ne me vois pas. Peut-être que je n’ose t’Aimer à ce point que parce qu'au fond, je sais que tu ne m’Aimeras pas, jamais. Peut-être que moi aussi, je suis dans le tableau que je crois regarder et que ni toi ni moi, nous ne désirons plus que ce que nous avons trouvé ici, plus que cet équilibre figé au son de ce mince filet d’eau qui, seul, s’anime encore.
Jamais un oiseau dans le ciel. Jamais d'averse, jamais d’orage ou de tempête. Jamais de colère ou d'hésitation. Jamais de vie, jamais de bruit, jamais de désaccord, jamais de dissonance. Nuages nacrés. Horizons dégagés. En guise de clé de voûte : la paix, une paix faite de silence, de retenue, de recueillement, une paix aussi figée que le reste du monde, une paix qui n'est pas un cadeau mais une prison, une cage et, derrière ses barreaux, les fantômes de souvenirs qui y sont enfermés...
Peut-être qu'à force de venir t'installer au milieu de ce banc, à force d'y soupirer, à force d'en faire ton univers, tu disparaîtras à ton tour, lentement, un détail après l'autre jusqu'à ce qu'à mon tour, j'en vienne à ne plus te voir, jusqu'à ce que tu te sois libérée de tous les regards et que tu n'aies plus à t'en inquiéter. Alors, tu seras seule, je serais seul...
Le tableau cessera d'exister.
Sans nous pour lui prêter nos yeux, sans nous pour lui prêter nos voix, sans nous pour lui prêter nos âmes, il n’aura plus de raison d’être, de raison d’agiter ses feuilles, de raison de se parer d'or jusque sur son liseré d’herbes et de primevères, il ne sera plus qu’un mirage, une toile à l’arrière plan - un fantôme, à son tour -, agitant son lot de regrets au bout de lourdes chaînes automnales...
Parce que, oui, je te regretterai. Même si je te connais à peine, même si tu n’as qu’à peine parlé, même si j'ignore ton nom, même si j'ignore ton âge, même si je n'ai aucun droit de t'aimer aussi fort que je t'aime et même si j’ignore ce que tu penserais de moi, si tu me voyais pour ce que je suis...
Peut-être est-ce idiot mais, au fil de nos rencontres, au fil des heures, des jours, des mois passés ensemble - sans l'être jamais vraiment -, tu es devenue une amie, une sœur, un idéal, une partie de ma vie. La meilleure partie de ma vie. La meilleure partie de moi-même. Ce que j’ai de plus cher. Ce que j’ai de plus beau. C'est grâce à toi, toi seule, que je me souviens que j'existe… Grâce à toi que j'ai fini par comprendre que j'étais prisonnier d'une cage dont j'ai moi-même fermé les portes à double tour… Grâce à toi que j'ai retrouvé les songes qui m'étaient chers, jadis, auxquels je croyais avoir renoncé… Grâce à toi que je réalise, maintenant, ne plus vouloir de cet équilibre mensonger, factice, cette paix truquée, cette illusion de plénitude, ce tableau figé, vide, sans visage que j'étais devenu… Grâce à toi que j'ai souhaité être comme le filet d'eau qui s'écoule, là-bas, et pouvoir m'écouler moi-même avec les heures, avec les jours, avec les mois pour ne pas avoir à les regretter, pour pouvoir te prendre par la main, t'éloigner de ce banc, t'éloigner de ce parc, t'éloigner de ce ciel et de sa nostalgie avant qu'ils ne t'effacent, qu’ils ne t’emmènent, qu'ils ne t'enlèvent à moi...
Or comme je me disais cela, pendant un instant - un bref, si bref instant, moins d'une seconde sans doute -, si seulement tu avais baissé les yeux, si seulement tu l’avais voulu, quelque chose me dit que tu m'aurais vu, ce soir. Et, aussi, que tu ne m'aurais pas oublié.
Parce que, oui, je te regretterai. Même si je te connais à peine, même si tu n’as qu’à peine parlé, même si j'ignore ton nom, même si j'ignore ton âge, même si je n'ai aucun droit de t'aimer aussi fort que je t'aime et même si j’ignore ce que tu penserais de moi, si tu me voyais pour ce que je suis...
Peut-être est-ce idiot mais, au fil de nos rencontres, au fil des heures, des jours, des mois passés ensemble - sans l'être jamais vraiment -, tu es devenue une amie, une sœur, un idéal, une partie de ma vie. La meilleure partie de ma vie. La meilleure partie de moi-même. Ce que j’ai de plus cher. Ce que j’ai de plus beau. C'est grâce à toi, toi seule, que je me souviens que j'existe… Grâce à toi que j'ai fini par comprendre que j'étais prisonnier d'une cage dont j'ai moi-même fermé les portes à double tour… Grâce à toi que j'ai retrouvé les songes qui m'étaient chers, jadis, auxquels je croyais avoir renoncé… Grâce à toi que je réalise, maintenant, ne plus vouloir de cet équilibre mensonger, factice, cette paix truquée, cette illusion de plénitude, ce tableau figé, vide, sans visage que j'étais devenu… Grâce à toi que j'ai souhaité être comme le filet d'eau qui s'écoule, là-bas, et pouvoir m'écouler moi-même avec les heures, avec les jours, avec les mois pour ne pas avoir à les regretter, pour pouvoir te prendre par la main, t'éloigner de ce banc, t'éloigner de ce parc, t'éloigner de ce ciel et de sa nostalgie avant qu'ils ne t'effacent, qu’ils ne t’emmènent, qu'ils ne t'enlèvent à moi...
Or comme je me disais cela, pendant un instant - un bref, si bref instant, moins d'une seconde sans doute -, si seulement tu avais baissé les yeux, si seulement tu l’avais voulu, quelque chose me dit que tu m'aurais vu, ce soir. Et, aussi, que tu ne m'aurais pas oublié.
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